Foire aux questions
NON. Après quinze années d’expérience, beaucoup d’élèves montrent qu’ils ont pu déployer parallèlement le français oral et la langue des signes. Les langues n’entrent pas en compétition si on fait confiance à l’enfant, si, parallèlement à une bonne prise en charge, on lui laisse du temps et si on valorise les deux langues. Jusqu’ici, les élèves des classes bilingues qui n’ont pas développé leurs compétences en français oral sont pour la plupart des jeunes issus de familles dont cette langue, dans sa modalité orale, n’était pas promue ou des jeunes souffrant d’autres troubles annexes.
« La mise en place de projets bilingues, soigneusement pensés, rigoureusement mis en place, régulièrement évalués au fil des années, a démontré que la langue des signes n’empêche en rien les enfants sourds d’accéder à la langue orale et écrite, ni aux acquisitions scolaires et culturelles. » (Manteau-Sépulchre, 2010)
NON, ce n’est pas le bilinguisme qui engendre des retards langagiers mais une prise en compte inadéquate des conséquences de la surdité. Il est impératif de proposer à l’enfant le plus tôt possible la LSFB et/ou le français oral soutenu visuellement par la LPC. Le cerveau d’un jeune enfant ne peut se développer harmonieusement sans au minimum une langue pour s’exprimer, comprendre, réfléchir, etc. Beaucoup d’informations risquent d’échapper à l’enfant sourd ou malentendant si les adultes qui l’entourent ne les lui apportent pas explicitement dans une langue accessible.
« Des études montrent que, bien au contraire, le multilinguisme stimule le développement cognitif. Les techniques d’enseignement utilisées (…) garantissent une maîtrise des matières imposées par les programmes scolaires. Cette maîtrise est assurée par la diversité des moyens mis en œuvre pour vérifier si les enfants ont compris la matière dans l’autre langue. » (Mettewie, et al., 2008)
NON. Il n’est jamais trop tard pour apprendre une seconde langue. Ce sont alors surtout les méthodes et moyens utilisés par l’école qui varieront en fonction du profil linguistique de l’élève. Mais l’école ordinaire ne pourra être accessible à l’enfant sourd ou malentendant que si une première langue quelle qu’elle soit a permis de déployer toutes ses compétences dès son plus jeune âge sans trop de retard (compétences communicatives, compétences cognitives, équilibre psycho-affectif etc…).
NON. « Si le cadre est clair, les langues se différencieront sans problème. Par ailleurs, un certain mélange des langues est un processus normal et temporaire d’acquisition d’une nouvelle langue.» (Mettewie, et al., 2008)
OUI. L’avantage pour les enfants sourds ou malentendants apparait clairement : ils sont scolarisés dans un enseignement adapté ET ordinaire, ils développent un bilinguisme langue des signes/langue française et ils acquièrent les mêmes compétences que les élèves entendants. Les avantages sont aussi manifestes pour les autres enfants de la classe : ils disposent de deux professeurs, ils s’imprègnent (voire profitent) des ressources d’une langue visuelle pour les apprentissages, ils vivent quotidiennement et finement l’approche de la différence. Très rapidement d’ailleurs cette différence ne leur apparait plus étrange car elle est présente aux cours, aux intercours et aux récréations. Il n’est pas rare de voir des enfants entendants signer pour communiquer avec leurs compagnons de classe. Un cours parascolaire de langue des signes est d’ailleurs organisé à leur intention.
« La confrontation avec d’autres langues et cultures ouvre l’esprit et la curiosité des enfants, tout en les aidant à mieux prendre conscience de leurs propres langue, identité et culture » (Mettewie, et al., 2008). Ajoutons, s’agissant de surdité, que c’est au contraire en faisant comme si l’enfant entendait normalement ou en lui demandant systématiquement de fournir des efforts pour s’adapter à son environnement qu’on risque de mettre à mal sa construction identitaire. Il est primordial, dès son plus jeune âge, d’agir en tenant compte de la déficience auditive de l’enfant et de l’aider à prendre conscience de ses propres limites. La langue des signes, tout en l’aidant à développer une compétence bilingue et en lui offrant une langue confortable, l’aidera à prendre conscience positivement de sa différence. Elle lui permettra de transformer sa déficience en richesse plus qu’en stigmate.
OUI mais tout est une question d’affinité et de personnalité. La capacité de parler ou de signer entre finalement peu dans les considérations à partir d’un certain âge : Marie bavardera d’avantage avec Juliette parce qu’elles aiment les mêmes choses mais pas réellement parce qu’elles entendent ou pas. En classe, les enfants seront invités à travailler ensemble et à échanger indépendamment de leur degré d’audition (un soutien adapté leur sera proposé en cas de besoin pour entrer en communication). En dehors des cours, ils seront libres de choisir leurs amis et d’échanger dans la langue de leur choix.
NON. Le vœu des classes bilingues est d’accueillir des enfants nés de familles sourdes ou entendantes. L’école met un point d’honneur à ce que les enfants puissent accéder à un enseignement ordinaire indépendamment de leur degré d’audition, de leur langue maternelle, ou de leur origine familiale. Mais, pour vivre un parcours scolaire sans trop d’embuches, l’école a nécessairement besoin de travailler en partenariat avec l’enfant lui-même, les parents et les logopèdes.
NON. Depuis le début des classes, aucun élève n’a été en échec uniquement en langue des signes (lorsqu’il s’est présenté, l’échec en LSFB n’était qu’un des symptômes d’un souci plus large). Au contraire, chacun intègre la LSFB à son rythme et lui confère une place qui lui est propre. C’est bien là tout l’intérêt ! La langue des signes ne fera subir aucun dommage au français. Par contre l’apprentissage de la langue française orale reste le point sensible et ne doit pas être mené sans balises. Pour de multiples raisons faisant intervenir de nombreux facteurs humains, certains enfants restent dans l’impossibilité de comprendre et de s’exprimer de manière suffisante en français oral. Si ces enfants n’ont pas eu la chance de rencontrer dans leurs premières années de vie une langue accessible naturellement, leur développement cognitif et psychologique subit très rapidement d’énormes dommages, difficilement réparables au-delà d’un âge critique. La langue des signes est au minimum la carte de la prudence pour le bon développement des jeunes enfants sourds et malentendants.
« Il est de notre devoir de permettre à l’enfant sourd d’acquérir deux langues, la langue des signes (…) et la langue orale. Pour ce faire, l’enfant doit entrer en contact avec des utilisateurs des deux langues et doit sentir le besoin de se servir des deux. Miser sur la seule langue orale en se basant sur les avancées technologiques récentes, c’est parier sur l’avenir de l’enfant. C’est prendre de trop grands risques quant à son développement humain, c’est mettre en danger son épanouissement personnel, et c’est nier son besoin d’acculturation dans les deux mondes qui sont les siens. Quoiqu’il fasse à l’avenir, quel que soit le monde qu’il choisisse en définitive (au cas où il ne choisirait qu’un des deux), un bilinguisme précoce lui donnera plus de garanties pour l’avenir que le seul monolinguisme. » (Grosjean, 2000)
Le port ou non d’appareils auditifs ou d’implants cochléaires fait partie du libre choix des parents. Il est respecté par le corps enseignant et celui-ci veillera à apprendre à l’enfant à en faire le meilleur usage. Les aides auditives facilitent l’entrée dans le français. Elles viennent en soutien à l’acquisition d’une des deux langues d’enseignement.